J’ai respiré un grand coup

J’ai appuyé et  poussé à la fois, la bague a glissé le long de mon doigt, je l’ai posée juste à côté, un bruit mat sur le bois, dans le silence de la nuit de là-bas.

La bague est sur la table et mes mains sont nues,

la bague n’est plus qu’une bague et je ne suis plus que moi.

Je respire juste un peu plus vite, je passe le pouce à l’intérieur de mon doigt, le long de l’absence, le long de la ligne, tout autour, doucement, doucement, j’essaie de me consoler, je me prends dans les bras, pardon, pardon, pauvre de moi, pauvre de toi, pauvre chérie sans toi, pauvre de moi.

Oh mon amour, mon amour, pardon, tant pis pour nous, tant pis pour moi.

Et même dans la pénombre de la nuit là-bas, sous les quarante degrés de la saison brûlée, Ouaga, ma main a froid, mon amour, mon amour, qu’est ce que j ai fait là ?

Je regarde la très petite ligne qui reste autour de mon doigt, l’empreinte de toi, ce morceau de peau très net, très blanc, protégé des soleils de mes voyages, protégé des sables noirs, des éclats de peintures, des chaos de tous ces décollages. 

Le chemin de toi autour de mon doigt, mon amour, mon été, Miracle, pardon, pardon, de ne pas être une autre que moi.

j’ai quitté la bague et il reste la marque très vive de cet amour-là,  il reste ma peau très blanche d’avant, la peau de quand j’étais encore là-bas,  la peau de quand j’ai enroulé tes promesses au bout de mes doigts, pour te porter toujours avec moi.  

C’est ma peau d’avant, c’est la peau  de celle qui ne savait pas, c’est la peau de celle qui t’embrasse dans les escaliers de l’automne, c’est la peau de celle qui s’en va en sachant par cœur  qu’elle te reviendra.

Ma peau est douce encore, c’est  la peau fragile de l’autre moi, la peau de chagrin de celle de tous tes lendemains, et mes mains brunes, et mes doigts brûlés, peinturlurés de lointain caressent ces millimètres carrés de peau là, pour me consoler, pertes et fracas, pardon, pardon, pauvre de moi.

Peut-être qu il ne me restait que ça, l’amour de toi, ce petit cercle, cette toute petite écharpe de métal froid,  pour me protéger de la brûlure africaine, de l’envie de m’oublier là-bas ?

Peut-être que c’était ça, le dernier saut, le dernier choix, retirer ce qu il restait de toi autour de moi, retirer la minuscule armure de l’immense amour de toi ?

Retirer ce qui me retenait, cette promesse de plus-tard, de retour, ce point d’interrogation d’histoire, regarder la bague triste et son ombre sur le bois, pleurer dans mes doigts,

Et me retrouver là, la nuit au Burkina, à écouter mon bête cœur qui bat, qui bat, qui bat.