Laboratoire de biologie médicale.
Les mots m'ont manqué tellement pour dire tout ça.
C'était soudain, silence, gribouillis muets dans ma tête embuée.
J'ai eu si peur, j'ai continué, les jours passants comme grains de sable, grains de sel dans mon cœur sablier, pas ça, pas ça, s'il vous plait.
J'ai eu si peur sans pouvoir parler, j'ai tordu mes doigts barbelés, sans rien d'autre que pensées, pensées, pensées.
J'ai eu si peur, le dire j'ai essayé, ouvert ma bouche, ouvert, fermé, ouvert encore, fermé, ouvert jamais.
J'ai eu si peur, sans même compter, j'ai vécu tous ces jours les yeux fermés, pas ça, pas ça, s'il vous plait.
J'ai eu si peur, je l'ai porté, ce nuage de sales idées, je l'ai porté, poussé, tiré, roulé dans le chaos des mois, janvier, février, et j'ai vécu la tête levée.
J'ai eu si peur, j'ai fait comme si, chanté, marché, j'ai fait comme si, rien n'est passé, masque sourire, j'ai avancé, pas ça, pas ça, s'il vous plait.
J'ai eu si peur, j'ai pas pensé, à peine, à peine, la nuit personne ne sait, vagues de rien sur l'oreiller.
J'ai eu si peur, et toutes ces majuscules, des initiales barbares mal agencées, tous ces chiffres perdus sur le papier, 6, et 12, H, et pourcentages, et comparés.
J'ai eu si peur, ma vie en pointillés, que faire, que faire, si ça devient vrai ?
J'ai eu si peur, j'ai presque prié, pas ça, pas ça, s'il vous plait, toutes ces rimes en R, papillons de travers, qu'est ce que je vais en faire, qu'en faire, cancer, j'ai manqué d'air.
Et puis, plus rien, et soudain, deux pages et trois lignes, et j'ai respiré, respiré soudain, tellement, tellement, tellement, plus rien, plus rien, c'est dehors printemps et je vais bien.