Vers l'infini et au-delà. (hurk-hurk-hurk)
Buzz l'éclair en avait marre de sauver le monde.
Il voulait qu'on lui foute la paix, au fond.
Ouvrir les yeux.
C'est comme un champ, c'est flou comme quand on rêve, on dirait un tableau, avec des blés, des nuages lourds, du jaune, du violacé, on est ensemble, je suis en train de te parler, je parle, je parle, je parle et moi-même je n'entends pas ce que je dis, mes lèvres bougent à toute allure.
Je me tourne vers toi, et c'est toi, mais toi plus jeune, encore adolescente, excatement comme sur une photo affichée dans mon bureau, c'est toi, mais tu ne me regardes pas, tu ne te tournes pas vers moi alors que je te parle tant et tant, et soudain je me mets à crier contre toi, à crier très fort, une vraie colère, une fureur sans nom, je hurle " Tu m'écoutes ? Tu m'entends, tu entends ce que je dis ? Ecoute-moi ! Ecoute-moi !"
Et je t'aggrippe par les épaules, par le revers de ton sweat pour te forcer à me regarder et soudain ton corps se disloque, tes yeux se révulsent, ton corps tremble et s'affaisse comme celui d'une poupée sans force, tu te liquéfies dans mes bras et petit à petit, tu trembles, tu fonds, tu rétrécis, et bientôt il ne reste dans mes mains que ton sweat que je froisse entre mes doigts.
Je te cherche des yeux, je crie ton prénom, je tourne sur moi-même pour te retrouver. Et je t'aperçois au loin, loin dans les champs, loin sur les chemins, tu es minuscule, un petit point à l'horizon, tu es loin, tu t'éloignes et je vois ta silhouette de dos, ta toute petite silhouette fragile sous les immenses nuages violets, je crie, je crie pour que tu te retournes et tu ne m'écoutes pas, et mon cri devient strident, aigu, rythmé, si strident que j'ouvre mes yeux.
J'éteins le réveil.
C'est le matin, c'est un sale matin triste, je pense à toi.
Il en faut peu...
Moi -" Vous écrivez d'abord le H, vous savez, la lettre qu on entend pas, comme dans "hibou" et "humide", très bien, et ensuite on va faire le " eeeeuuuu" qu on vient de voir, avec le E d'abord, voilà, très bien, et ensuite le "U"...
Jolie Madame - " Le U avec le point, ou le U avec deux barres ? "
-"Non, pas le "i" avec le point, le U avec les deux barres, comme on a écrit avant, dans "feu" voilà, très bien, donc, on écrit notre H et notre "eeeeu", ça fait le début, "Heu...", il vous manque après quelle lettre ?"
- "le R !"
- "Très bien, donc votre R et après c'est le même "eeeu" avec encore le E-U et à la fin, comme on a dit tout à l'heure, le X, voilà, très bien avec la boucle. Bravo ! On a écrit le mot -heureux-, avec H-E-U-R-E-U-X vous voyez ? "
- (silence concentré) "Le mot, c'i seulement comme ça ?"
- "Oui, c'est tout."
- ".....C'i beau, le mot."
-"... ? Qu'est ce que vous voulez dire ? C'est beau d'être heureux ?"
-" Oui, c'i beau être hireux, mais ji veux pas dire ça. Ji veux dire, le mot comme il est 'crit, c'i beau. Avic E-U et encore E-U, et R au miliou, c'i beau"
-" Ah, vous voulez dire que le mot a une belle forme ? Que c'est joli parce que les lettres reviennent deux fois ?"
-"Oui. Le mot, c'i beau di le regarder. Vous trouv' pas ?"
-".... Si, vous avez raison. J'avais jamais vu ça comme ça, mais c'est un beau mot à regarder.On devrait le regarder souvent"
On dort plus ou on dort moins ?
(Bon, le dimanche soir, je suis stupide, je vais lire de bêtes articles en rebondissant d'un lien à un autre, et à la fin, je me moque toute seule dans mon coin hurk-hurk-hurk. Voilà donc un morceau d'article nécessaire annoté en italique par mes soins à la con.)
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Changement d'heure : 6 conseils pratiques (les conseils pas pratiques, généralement, ont un succès mitigé) pour s'adapter à l'heure d'été
Ce week-end, la France passe à l'heure d'été.( C'est pour les gens qui n'ont pas compris le titre de l'article et qui s'attendent à lire un essai sur les traditions musicales béninoises)
Dans la nuit de samedi à dimanche, à 2 h du matin, il sera 3 h. (Je n'ai pas grand chose à rajouter à cette phrase, qui curieusement, me semble la plus sensée de l'article)
Cette modification peut avoir des effets néfastes sur votre santé :
troubles du sommeil (parce qu on dort une heure de moins),
irritabilité, (tu m'étonnes, déjà quand je dors toutes mes heures, je suis bougon quand je me lève, alors une heure de moins !)
diminution des capacité de travail (ça m'arrange beaucoup." Allô, Valèrie, c'est pour vous dire que finalement, les illustrations sont pas prêtes, c'est la faute au changement d'heure, on verra ça quand je m'en serai remise") ,
modification de l'appétit(tiens, j'ai faim, du coup).
Voici conseils pratiques (ils tiennent au concept du "conseil pratique", alors ils l'écrivent beaucoup pour qu on pige bien) pour bien négocier ce changement. (c'est la première fois que je négocie mon changement d'heure, perso. Je pensais pas que ça méritait autant d'attention.)
1) Changez d'heure samedi soir, avant de vous coucher ( ce samedi soir de foooou - on sort ce soir ? Ah, non, ce soir, j'ai changement d'heure, je dois vérifier tous les cadrans de chez moi, samedi-c'est-funky)
Avant de vous glisser sous la couette, prenez quelques minutes pour faire le tour du propriétaire( ferais-je une remarque stupide sur le fait que je ne souhaite pas faire le tour de quelque propriètaire que ce soit,- ni de quelque locataire, ou autre que ce soit, avant de me mettre sous la couette ?) et modifier toutes les horloges-(ça va même prendre moins de quelques minutes, à moins qu'on m'ait filé des horloges à mon insu. Pas d'horloge, nope.) de l'appartement et de la maison. ( de l'appartement ET de la maison, on est des bourgeois ici. Tu prends quelques minutes, tu fais le tour de l'appart, et après le tour de la maison. Tu fais deux tours, pour modifier toutes tes horloges plaquées or. Tu peux même faire la villa et le chalet, si t'as encore quelques minutes.)
Idem pour les appareils électroniques qui donnent l'heure, ( oui, parce qu'essayer de régler ton grille pain ou ton fer à repasser s'ils donnent pas l'heure à la base, t'as quand même l'air d'un con) type fours, téléviseurs, réfrigérateurs, congélateurs...(le concept du réfrigérateur/ congélateur qui donne l'heure me fait flipper personellement.)
Réglez également votre montre pour éviter toute confusion.(Oui, parce que conceptuellement, c'est plus facile de regarder ta montre que d'aller vérifier dans le congélateur à chaque fois que tu veux savoir quelle heure il est - ou alors, balade toi avec un congelateur. Ce serait con d'avoir couru dns toutes tes résidences secon daires régler tes douze horloges, ton mixeur et ta machine à pein pour avoir une Rolex même pas à l'heure, merde.)
Laissez votre ordinateur et votre téléphone mobile se régler automatiquement.(Technologie mon amour. A quoi bon l'horloge, allons ? )
Mais vérifiez au réveil que le changement d'heure a bien été effectué. (Alors déjà à la première lecture, j'ai crui que ça voulait dire qu'il fallait vérifier en regardant ton réveil- mais c'est stupide, puisque qu'il faut le régler aussi, me suis-je dit fort intelligemment. En fait, ça signifie : en vous réveillant, vérifiez que ça a marché sur le mobile et l'ordinateur. En comparant avec le congélateur.)
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Pfiou, 6 conseils en tout, je ne tiendrai jamais, j'en ai fait un, ça m'a achevée ( ça et le changement d'heure.) Joie sur vos têtes décalées d'une heure.
(2/2) Et à la Saint-Valentin, Tin-tin !
Me revoilà volubilement, j'étais très occupée à tronconner des arbres en cartons et à colorier des déguisements d'Halloween. La saga Valentin continue.
(le premier épisode ayant été fort suivi par moult gens qui ont conseillé l'hélicoptère, le TER, le RER ou le dromadaire pour la Saint-Fulbert. Vous êtes tous fous.)
"Je t'aime de l'infini jusqu'à l'infini."
"J'aime quand tu zig zag sous la couette, ça rend ma journée plus chouette. Ensemble faisons une crevette et appelons la Yvan.. Ou Yvette !"
""C'est encore loin, dis, mon amour ?"
"Pèle moi et mange moi, je te donnerai volontiers mes quartiers tout entier. Clémentine."
"Ce ne sont pas les mayas qui mettront fin à tout ça !"
"Tout est parfait, tout nous va, tout nous plait, tou touyoutou."
"Ce n'est que le début j'espère, d'accord, d'accord ?"
"On s'est rencontrés un jour de grève et tu as été ma plus belle manifestation de la journée !"
"Merci d'être celui que tout le monde m'envie."
" T'es la best..."
"Puisque tes mains se tendent pour mieux me tenir, si je m'éloigne un peu, ce n'est pas pour partir. Je te veux si proche et nous ne faisons qu'un, mais si l'un ou l'autre tombait, plus de Saint-Valentin !"
"Quand je te vois, mon coeur se met à battre à torrent"
"Je serai toujours là pour réchauffer tes petits pieds gelés."
"Steve Jobs a son paradis, j'ai enfin trouvé le mien."
" Tu me fais rire en m'avouant tes secrets, tu m'excites en me sautant dessus au milieu du film, tu m'éaptes avec tes gâteaux à la cannelle, tu me séduis quand tu pleures de joie, je crois, je t'aime."
"Collègues chéris, vous animez mes journées depuis tant d'années...Vous êtes mes petits chéris."
"Salut mon petit bichon, c'est tata Suzanne !"
"Tu es tellement sublime que je t'écris pour te demander de sortir avec moi."
Et voilà, c'est tout pour cette année, quelle belle fournée de p'tites phrases ce fut. Joyeux dimanche, allez écouter la belle Irma qui change "Letter to the Lord" en fermant les yeux.
(1/2) Il n'y a pas d'amour Reu-reu....
C'était ENCORE la Saint-Valentin, tant mieux, tant pis. J'ai acheté les journaux sur le chemin de l'hôpital en faisant comme si c'était pas grave, et j'ai entouré les jolies annonces dans la salle d'attente. C'était bien.
"Laisse moi être ton croissant de lune avec une tranche de jambon encore et toujours."
"Nos pattes d'oie plissent doucement sous les battements de cil..."
"Damned, encore raté pour le 14 ?"
"Célibat, merci d'être à mes côtés, je t'aime. "
"Ma petite poupée si fine, qu'elle tient entre les pages d'un guide de voyage, je veux t'emmener partout avec moi, jusqu'au fin fond de Cuba."
"Je t'aime comme le poisson rouge aime son bocal."
"Mon capitaine AD HOC..."
"Pour une raison qui m'échappe, je t'aime."
"Isabelle, ton oeil de cigale, ta poulie à violon, ta dame de nage, ta faveur, ton écoute, ton ardente..."
"Tu crois.. ou t'es sûr ?"
"Tu es vraiment la femme de ma vie pour m'accompagner au stade un 14 février."
"Quand on veut, on peut. Je te veux, je peux ? "
"ALEXANDRE AIME SOPHIE"
"J'avais une vie triste, morne et dépravée, tu es arrivée et tu as tout gâché! Merci !"
"Mon râleur, jamais content, avare de compliments..."
"J'ai su dès le premier jour que tu étais ma chance, c'est vrai chaque jour depuis et si la gauche passe, on se marie !"
"J'étais un jeune Hérault à Montpellier, toi une belle Gironde à Bordeaux. Désormais à l'Aube, nous sommes Troyes."
"Hélene, ta présence dans ma vie est une formidable raison d'être heureux, tout comme l'Olympique Lyonnais."
"Cela va faire vingt ans cette année que tu me supportes, dans tous les sens du terme, si ça ce n'est pas de l'amour !"
"Alex, moin inmé ou et ça pou toujou"
"On s'emboite définitivement bien..."
"Mais c'est tellement bon comment tu me manques horriblement!"
Voilà.
Après,je suis rentrée, j'ai mis des talons et du rose à lèvres pour que ça aille mieux, et j'ai pris le train, pour rimer avec Saint-Valentin.(à la Saint-Léon, je prendrais l'avion, ce sera moins pratique, et pour la Saint-Fulbert, je cherche encore).
C'est la première fournée, parce que cette année, les gens sont plus amoureux, ou plus volubiles, je ne sais.
Y aura la deuxième bientôt. Et joie volubile (j'aime bien volubile en ce moment) sur vos têtes.
P'tites phrases de 2011 en 2012
Ben, j'suis revenue.
J'étais partie tellement loin que j'étais plus là, j'ai vécu tellement de belles choses que je ne sais pas comment les raconter, alors je vous poste les p'tites phrases de l'an passé. Et joie sur vos têtes.
" On a fait match nul, 6-4."
" Mon bras, je m'en rappelle."
" Ben, moi j'me serve."
"Tu gardes tout, et c'est tout."
"Des fois, j'en chie pour décrypter mon esprit."
" Le paradis, c'est l'estomac de Dieu."
"La maladie, elle a peur de moi."
-"Des fois, le vocabulaire, c'est la merde." -"Ouais, des fois, tu dis un mot, et c'est pas l'bon."
"Les rois, c'est des cow-boys."
" C'est quand j'étais en Acrassie."
-"T'es une pute relative" -"Ouais, mais vous, vous êtes des putes dans l'absolu."
"Tu sens le pneu."
"Mijoter, c'est pire que cuire."
"L'aube, c'est physqiue, mais le matin, c'est psychologique."
"La Grèce, c'est une grosse merde, en fait. "
" La femme avant tu lui disais " épluche-moi un oeuf", elle t'épluchait un oeuf. Maintenant, elles discutent !"
" Faut pas se fier à moi, parce que je transpire tout de suite pour rien."
"Les frelons, quand ils m'piquent, c'est eux qui meurent."
"Savoir faire, c'est pas un problème."
"L'inconnu, c'est quand tu vas vers des choses que tu connais pas. "
"Tu sens la morue."
" J'ai la peau cryptée."
" Vomi du matin, chagrin."
P'tites phrases de Saint-Valentin d'octobre.
J'ai rangé ma chambre -(ma vie est palpitante) et j'ai retrouvé des vieux journaux de 2009 (on voit tout de suite quelle fille ordonnée je suis), dont un Libé de saint-Valentin, avec des p'tites phrases dedans.
"Je vous invite à fumer la même cigarette".
"A la dirlo de la colo :il n'y a que le présent qui existe."
"Encrons notre amour sur les milliers de pages qu'il nous reste"
"Mon Playmobil, en avant pour d'autres histoires.. "
" Pas la peine d'aller aux ventes aux enchères : tu es la meilleure affaire que j'ai faite de toute ma vie!"
"Je vous aime, faisons un tour !"
"Pour toi que je ne connais pas encore mais que j'attends."
"Je ne veux rien, plus rien et n'attends rien, plus rien. Ce geste est juste gratuit. "
"Mathilde, puisque tu as le cadre herméneutique..."
"Encore une qui va rendre tes collègues jalouse !"
"Malgré les hurlements les horreurs les sms assassinsles mensonges, je t'ai aimé si fort. "
"Je t'aime comme la vache aime l'herbe."
"Je n'aurais jamais assez d'une vie pour m'emplir de toi."
"J'remercie la copine de ta soeur..."
"Qu'est ce qu'on fait ? On se love et tout le tralala!"
"Chéri, tu perds tout, tu es toujours en retard, tu pètes au lit, tu manges salement. Mais quel charme!"
"Ma petite morille"
"Victor m'a appelé chéri, comme ça, naturellement, et c'était bien. "
" je vous remercie de ne pas avoir vu l'amour qui me ronge. Si nous nous étions aimés, qu'est ce que la vie en aurait fait ?"
Voilà, c'est tout, je pars au Portugal maintenant.
Matérialiste.
Petite-demoiselle (cinq ans) - Nan, l'école z'aime bien, parce que ya mon naaamoureux à la maternelle.
Maman - Ah oui, ton amoureux ? Et qu'est ce qui te plait chez lui ?
Petite-demoiselle - Ben...Sais pas, j'suis zamais allée chez lui.
G. comme Guilherme
Guilherme Hauka Azanga est toujours sans-papiers, et la mobilisation continue : Soutien à Guilherme
"Guilherme,
Il est bien joli ton prénom, c’est ça que j’ai noté en premier, et puis après, j’ai vu ton visage sur quelques photos, sur un mur, sur le net.
J’ai vu tes enfants aussi, ceux d’ici, les grandes qui s’appellent Exaucée et Chloé, les petits Gaël et Dorcas. Au début, c’était du hasard, parce qu’appeler une petite fille Exaucée j’ai trouvé ça beau, parce que les rassemblements se faisaient sur la place tout près de chez moi, parce que ça m’a interrogée, toutes ces mains ouvertes avec un G dedans.
Et puis, j’ai lu, d’abord comme ça, puis avec intérêt, puis j’ai suivi attentivement, et maintenant j’attends.
Guilherme, il est beau ton prénom et on ne se connait pas, parce que par hasard je suis née française, née avec le droit d’être ici, pas toi, Guilherme, on ne s’est jamais vus, mais je la sais ton histoire, j’ai lu les articles, les rapports, toutes ces lettres, ça commence dans un pays qui s’appelle l’Angola, ça commence avec des massacres sur lesquels je ne saurais jamais mettre des mots. Avec ta famille qui meurt, c’est trois mots de rien et ça contient tellement que tout devient silence. Tu as une femme en Angola, et puis cinq enfants, et c’est la guerre, et trois de tes enfants sont confiés à un pasteur, partent au Congo. Cinq enfants moins trois, ça fait deux, il y en a deux qui sont marqués ”disparus ”, et je me tais aussi.
Tu veux quoi comme mots, sur deux enfants disparus, dans ce grand trou de la guerre ?
Tu veux quoi comme mots, sur ta femme qui meurt, crise cardiaque, blessure par balle, Guilherme, je me tais.
T’es parti en France, Guilherme, pour trouver autre, trouver mieux, qu’est ce que je sais ?
T’as rencontré Florence, c’est une histoire avec que des jolis prénoms, Florence, et elle avait une maladie et deux gamines, Exaucée et Chloé. Et t’as pris tout ça, Guilherme, une amoureuse, et sa maladie à bout de bras, et deux nouvelles petites filles. Et cinq ans plus tard, y avait avec vous deux autres bébés, ça faisait une famille, on voit ça sur les photos, on te voit Guilherme, avec cette brassée de mômes autour de toi, ça m’a émue, c’est facile comme histoire, des gamins et leur maman malade et leur papa courageux, c’est facile, c’est vrai et c’est une histoire qui existe juste là, dehors.
T’as fait plein de demandes, Guilherme, des histoires de papiers, de visas de tampons, de ce que tu veux, j y connais pas grand chose, il est ressorti juste que t’avais pas le droit d’être là. Pas le droit d’être avec ta presque femme, pas le droit d’être avec tes mômes.
T’as été en prison Guilherme, parce que t’as refusé de monter dans l’avion qui te ramènerait dans ce chez-toi qui existe pas, parce que chez toi, c’est ici. Deux mois net, à la maison d'arrêt de Corbas, le motif ?
« Veut pas quitter ceux qu’il aime ? Veut pas retourner là où il a vu mourir ceux qu’il aimait ? »
Mars, t’es sorti de tôle, les flics à la porte, et tu veux la jolie phrase des journaux, c’est écrit : ” Il s’est recouvert de matières fécales pour éviter d’être expulsé” c’est les mots des Importants, parce que nous ici, on dit « la merde » Guilherme, il faut quoi comme mots pour parler de ça ? Pour dire la merde sur tes doigts, ton ventre, ton visage ? Il faut quoi comme courage aussi, et comme larmes de rage pour faire ça ? Se recouvrir de merde pour pas quitter ce pays ?
Mais la solution, ils l’ont trouvé, Guilherme, une couverture pour cacher tout ça, la merde et la misère, la révolte et l’injustice, des sangles et l’avion encore.
Et puis, le pilote a dit non. Que l’avion décollerait pas dans ces conditions. J’ai pas son nom, à ce type, je sais pas son prénom, je sais rien de lui à part ça, et c’est déjà tout, y a rien de plus à écrire. Il a dit non.
Guilherme, ils t’ont gardé en centre de rétention, en appel, en tribunal, en tôle, en transit avant un autre vol.
Ils se sont battus les gens, les voisins, les amis les parents d’élèves. Ceux qui te voient depuis cinq ans chercher tes mômes à l’école, à la crèche et leur donner la main, ceux qui savent que t’es un père, un presque mari, un compagnon, un homme. Ceux qui savent que t’es pas un numéro de carte d’identité, une bout de statistique à la con. Ils ont signé des papiers, des pétitions, des lettres, ils ont manifesté, investi l’école, appelé les journaux. Ils gueulent encore là dehors.
Ils se sont tous inscrit un G majuscule sur la paume de la main.
Comme Guilherme, comme Garde espoir.
Tu veux que je dise quoi Guilherme, ils t’ont fait décoller de Bron pour la capitale cet après-midi, dans un avion militaire, y avait des flics, des CRS. Ils veulent te faire décoller de Paris cette nuit.
L’avion était à 22h05 et ceux qui était sur place, pouvaient, ceux qui ont su sont partis à Roissy.
Ils y sont là maintenant, ils gueulent là-bas aussi pour que l’avion ne parte pas, avec leur G majuscules sur les mains.
Il est 23 heures 17 et l’avion n’est pas parti, et là bas, à l’aéroport, tout se joue, entre les manifestants, les passagers, l’autorité, la presse.
Je suis chez moi, et je ne peux rien faire qu’attendre, écrire, espérer, cracher des mots pour faire passer plus vite le temps.
Guilherme, on ne se connait pas, j’ai un G sur ma main, ça ne sert à rien, ce G qui palpite sur ma paume sans personne pour le voir, c’est un grigri inutile pour croire que j’y peux quelque chose, que ça peut changer, qu’on peut gagner pour toi,
Guilherme, t’as un joli prénom, je voudrais que tu restes, qui va aller chercher tes enfants à l’école sinon ?"


